« 3 novembre 1879 » [source : BnF, Mss, NAF 16400, f. 263-264], transcr. Apolline Ponthieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7866, page consultée le 09 août 2026.
Paris, 3 novembrea [18]79, lundi soir, 5 h. ½
Ce n’est pas la première fois, mon grand bien-aimé, que les maisons m’empêchent de
voir la ville et le jour de la blanchisseuse de distancer outrageusement l’heure de
ma restitus, comme aujourd’hui. Heureusement que ce qui est différé n’est pas perdu, et qu’il
est toujours temps de satisfaire son cœur quand il aime comme
fait le mien qui t’adore nuit et jour sans désemparer jamais. Et à ce propos, je te
dirai que je viens de passer un vilain quart d’heure à chercher un mandat de 20 F. sur la poste que je ne pouvais pas trouver pour la raison toute simple que tu me
l’as repris le même jour parce qu’il faisait partie de tes droits d’auteur… à musique
et
que cesb droits-là étant distincts de l’argent envoyé aux amnistiés1, tu le retenais pour tes pauvres personnels. Je t’avoue que je n’ai pas été fâchée
de retrouver cela dans ma mémoire ; maintenant que c’est fait je ne
l’oublierai plus.
Autre guitare, c’est une lettre d’un secrétaire de Magnier de L’Événement2 qui signe : Jules Bariol3. Sous prétexte de te faire connaître une lettre de Gérard de Nerval écrite à son père en 1836 et où il est question de toi,
mais aussi pour avoir, je crois, entrée chez toi. Tu verras cette lettre qui a déjà
quatre jours de date et tu y répondras, probablement, à la satisfaction du susdit
Bariol. Il y en a
d’autres encore plus pressantes et peut-être moins intéressantes que celle-là. Toi
seul peux en décider en en prenant personnellement connaissance.
Ne trouves-tu pas, mon doux
bien-aimé, que nous devrions faire une pieuse visite à nos chers morts maintenant
que la foule s’est retirée des cimetières ? Nous porterions à tes chers fils la couronne
que cette brave
ouvrière leur a faitec en reconnaissance de ce que tu fais pour la classe ouvrière. En même temps je visiterais
la tombe de ma chère
fille4 que je délaisse,
hélas ! beaucoup trop. Ce pèlerinage ne nous prendrait pas beaucoup plus de temps
que notre sortie quotidienne après déjeuner et satisferait le religieux besoin que
j’éprouve à
m’approcher avec toi de ces chers êtres qui ont fait partie de nous-mêmes.
1 Il s’agit des amnistiés de la Commune, que Hugo mettra un point d’honneur à défendre à la fin de sa vie : il voit dans l’amnistie un exemple moral pour le peuple, et une action fondamentalement républicaine. Une première loi en faveur de l’amnistie des Communards a d’ailleurs été votée le 3 mars 1879 ; elle sera complétée par une nouvelle loi, le 11 juillet 1880. Cette thématique revient avec récurrence dans les lettres de Juliette.
2 Quotidien de centre-gauche, co-fondé par Edmond Magnier et Auguste Dumont en 1872.
3 À élucider.
4 Claire Pradier, fille de Juliette et du sculpteur James Pradier, morte en 1846 et enterrée au cimetière Saint-Mandé.
a « 2 octobre ». Sur le manuscrit, la date a été rayée et corrigée en « 3 9bre ».
b « c’est ».
c « faites ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils montent dans un ballon captif et font un voyage à Veules et à Villequier.
- FévrierLa Pitié suprême.
- 28 févrierDiscours pour l’amnistie.
- 21 marsMort de Léonie Biard.
- 5 juilletIls montent dans un ballon captif au-dessus de la cour des Tuileries.
- 28 août-11 septembreSéjour à Veules (chez Paul Meurice) et à Villequier (chez Auguste Vacquerie)
- 2 décembreBlanche Lanvin épouse Émile Rochereuil.
